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Sur la mousse de mes rêves,

Nuage-boule de coton,

S’ouvre la page d’un livre.

Ma joue s’y pose câline

et mes longs cheveux dessinent

de blonds serpents alanguis.

 

La pelote de coton

soudain se mue en moutons.

Or j’ai beau faire et beau dire,

ils s’effilochent en mots

et se déguisent en pensées

qui réveillent mon insomnie.

 

Mes yeux largement ouverts,

Surpris par un reflet rouge,

Fixent avec intensité

des chiffres qui estampillent

mon front, se faufilent en moi…

Non ! non ! Je ne rêve pas !

 

Denise Doderisse

Lettre à Pierre RAHBI*

Monsieur,

 

Je n’ai jamais fait

votre connaissance

mais …

je vous attends

Venez quand il vous agrée

J’habite en ville

ce que vous abhorrez

mais…

je vous attends

Attention

L’endroit est habité

par des êtres de chair robotique

à qui il ne reste que

la seule conscience

d’une consommation effrénée

esclave de l’économie mondialiste

Peuple cruel

guidé par son seul égo

Attention

à tous les coins de la ville

il y a des rond-points des dos-d’âne

des sens interdits des feux rouges

– que personne ne voit-

des poids lourds des travaux

qui projettent au dam des terriens

des bribes de suie bien noire

qui pollue l’atmosphère

Mais il y a aussi

un merveilleux cours d’eau

où les cygnes

s’épanouissent

en fleurs blanches

et les canards

se collettent de vert

où les cris des mouettes bavardes

trouent le gris du ciel

Enfin là vous me saluerez

et vous m’emmènerez

plonger dans votre Ardèche

au cœur de la nature

Et là vous me révélerez

la simplicité « la sobriété heureuse »**

la sagesse l’humain et

la liberté la légèreté

disparues de ce monde

Le murmure du vent et

le chant fleuri des oiseaux

se feront l’écho de vos paroles

Je vous attends…

Denise Doderisse

*Agriculteur, expert en agroécologie, écrivain-philosophe.

** « Vers la sobriété heureuse » Titre d’un ouvrage de Pierre Rabhi en vente chez ACTES SUD

Le rimailleur et le retors

LE RIMAILLEUR ET LE RETORS

 

 

Sur un coup de cœur

souvent pour faire un coup d’éclat ( un coup d’état ? )

le Retors se jette dans la course au pouvoir

Coups de fil pour appâter le fretin

et coups en douce pour sans coup férir

faire une fameuse pêche de bulletins !

Combien de coups de Jarnac

de coups d’épée dans l’eau

pour accéder au poste convoité… 

 

Ah ! quelquefois le coup d’essai devient un coup de maître

le coup du roi fêté à coups de l’étrier.

Et parfois…le coup de grâce !

D’un coup de torchon tout espoir est balayé….

Le Retors  crie qu’il est de son devoir

de déserter la Gloire …

  

Pourtant le Retors reste dans le coup…

Il oublie ce coup du sort ( un coup monté ! )

Il rebondit reprend sa course vers le pouvoir

perd son âme et ses amis

se pâme dans les compromis

s’enfonce dans les compromissions … c’est de bon ton !

 

Des idées pour faire avancer la vie de la cité ?

Un idéal pour estomper ce vivre-mal ? intervient le Rimailleur

 

Vieilles réminiscences de mes jeunes années, rétorque le Retors

Moi je vais m’installer dans le poste convoité

et faire les quatre cent coups pour y rester !

  

 

Denise Doderisse

Mon passé me délaisse…

 

 

MON PASSÉ ME DÉLAISSE…

 

Mon passé me délaisse
Ô gué vive la rose
Je sais très bien pourquoi
Vive la rose et le lilas

C’est la vie qui s’en va
Ô gué vive la rose
Sans cri et sans fracas
Vive la rose et le lilas

Ô les doux souvenirs
Ô gué vive la rose
Persona non grata
Vive la rose et le lilas

Sur la pointe des pieds
Ô gué vive la rose
S’en vont cahin-caha
Vive la rose et le lilas

Vivrai-je sans passé ?
Ô gué vive la rose
Ce serait drôle ma foi
Vive la rose et le lilas

De la part de la vie
Ô gué vive la rose
Qui vraiment me déçoit
Vive la rose et le lilas

Mais comment peut rêver
Ô gué vive la rose
Un être sans en-deçà
Vive la rose et le lilas

Sortirai-je de ce monde
Ô gué vive la rose
Cœur vide Rien dans les bras
Vive la rose et le lilas

 

Denise Doderisse

Ma barque

 

 

Entre le bleu lumineux du ciel
et le bleu profond de la mer
je détacherai les amarres

ma barque filera entre les écueils
suivra sereinement les courants
et se laissera porter vers l’horizon

Ne plus se heurter aux rochers tristes des jours
Ne plus entendre le clapotis du désespoir
Ne plus attendre que les marées de haine s’arrêtent

Filer entre les écueils
pour atteindre la plage paradisiaque
de la confiance
S’y étendre reposée

 

Denise Doderisse

Notre Père….

 

Notre père qui êtes aux cieux
N’y restez pas
Sinon rien ne changera
ici-bas
La pluie poursuivra
sa mélancolique litanie
Le soleil se montrera
Trop souvent
avare
de ses rayons
Les fleurs les arbres
la mer les fontaines
tenteront de nous consoler
de nos maux
Et la nature
continuera de déchaîner
ses tempêtes
Les hommes dits libres
ne cesseront de croire
en la guerre
Et vous qui soi-disant
avez créé l’homme
à votre image
vous ne pourrez tolérer
toutes ces malédictions
Notre Père descendez
donc un peu sur terre
Ainsi nous verrons
ce que vous savez faire
pour rendre l’homme
heureux et sage

 

Denise Doderisse

 

Ô Liberté, qui donc es-tu ?

On t’a chanté sur tous les tons

Et de ces chants, suis revenue.

Eau de rose des feuilletons,

fredons qui ne sont que jargons

mâchonnés par les orateurs,

écrasés par les orphéons.

ÔLiberté, n’es-tu qu’un leurre ?

 

Rêves de pauvres éperdus,

Crie-t-on dans les révolutions.

Cette société vermoulue

réclame une belle explosion !

Alors dans cette déraison

peut-être verra-t-on lueur

illuminer nos prétentions !

Ô Liberté, n’es-tu qu’un leurre ?

 

Rêves de réel farfelu,

Criaille-t-on dans les prisons.

La liberté dans ce chahut

a disparu à l’horizon.

On a beau hurler son doux nom :

Elle ne sort pas de sa torpeur !

Faut-il se faire une raison ?

Ô Liberté, n’es-tu qu’un leurre ?

 

Poète, toi qui écris son nom,

En savoures-tu le bonheur

 En écho tinte la question :

Ô liberté, n’es-tu qu’un leurre ?

 

Denise Doderisse