Archive | octobre 2014

Si je pouvais…

 

 

Si je pouvais de nouveau vivre ma vie, je laisserais le temps filer comme un ruisseau et me laisserais emporter par le courant.

J’écouterais alors le frémissement de l’eau sur la mousse et son doux clapotis.

Je me ferais sirène dans la mer parmi les poissons aux couleurs éclatantes, les bénitiers frémissants et colorés et les coraux, précieuses niches qui deviendraient mon abri.

Si je pouvais de nouveau vivre ma vie, j’irais dans les airs avec les sternes. Je volerais comme elles et serais apaisée et heureuse

Si je le pouvais…

 

Denise Doderisse

 

Les éoliennes ( haïku )

Pour le Coucou du Haîku ( Facebook ) sur le thème des éoliennes

offshore wind turbines

 

 

le vent caresse

les pales des éoliennes

indifférence

 

le vent brutalise

les pales des éoliennes

furieux tourbillon

 

au sommet de l’île

la valse blanche des éoliennes

sur fond de ciel bleu

 

à perte de  vue

les ailes des éoliennes

Gracieux envol

 

 

Denise Doderisse

 

 

Encore frissonnant….( Jules Supervielle )

Pour le jeudi-poésie des Croqueurs de mots.

 

 

Encore frissonnant

sous la peau des ténèbres, 

tous les matins je dois

recomposer un homme 

avec tout ce mélange

de mes jours précédents

et le peu qui me reste

de mes jours à venir. 

Me voici tout entier,

je vais vers la fenêtre.

Lumière de ce jour,

je viens du fond des temps,

respecte avec douceur

mes minutes obscures,

épargne encore un peu

ce que j’ai de nocturne,

d’étoile en dedans

et de prêt à mourir

sous le soleil montant 

qui ne sait que grandir.

 

Jules Supervielle ( 1884-1960 ) – La Fable du Monde  ( 1938 )

La môme  » saipas « 

LA MÔME  » SAIPAS « 

 

Pourquoi qu’a s’marie ?
-Faut ben faire une fin.

La fin d’quoi ?
– A sait pas.

C’est-y què veut des marmots ?
– A sait pas trop.

A sait qu’cest dur les marmots ?
– Al en sait rin.

C’est-y qu’al a fait un bon parti ?
– A sait pas. P’tet ben qui la battra pas. A sait pas.

Bon diou. A sait rin de rin !
– Al a pas fait l’école. C’est pour çà qu’a sait rin.

 

 

Denise Doderisse

.

 

Mon rêve familier ( Verlaine )

Pour le jeudi-poésie des Croqueurs de mots

 

 

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,

Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

 

Car elle me comprend, et mon coeur transparent

Pour elle seule, hélas! cesse d’être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

 

Est-elle brune blonde ou rousse ? Je l’ignore.

Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore,

Comme ceux des aimés que la vie exila.

 

Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

 

Paul Verlaine – Poèmes Saturniens

Spleen ( Charles Baudelaire )

Pour les lundis-poésie des  » Croqueurs de mots. »

 

Spleen – les Fleurs du Mal –

 

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,

Et que de l’horizon embrassant tout le cercle

Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits;

 

Quand la terre est changée en un cachot humide,

Où l’espérance, comme une chauve-souris,

S’en va battant les murs de son aile timide

Et se cognant la tête à des plafonds pourris;

 

Quand la pluie étalant ses immenses traînées

D’une vaste prison imite les barreaux,

Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées

Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

 

Des cloches tout à coup sautent avec furie

Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,

Ainsi que des esprits errants et sans patrie

Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

 

-Et de longs corbillards,sans tambours ni musique,

Défilent lentement dans mon âme; l’Espoir,

Vaincu, pleure,et l’Angoisse atroce,despotique,

Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

 

Charles Baudelaire. 

 

Les trois R

Les trois R

 

Rêve
Voir
la vie en bleu
azur serein
émaillé de bonheurs
potelés comme angelots
à la blancheur nacrée

Réel
Mise à l’épreuve
Vie en gris
étain brut
maculé de malheurs
aux angles vifs
à la noirceur d’un ciel d’orage

Résistance
Piqueter
ce gris chagrin
ô combien ténébreux
et livreur d’ennuis
de nuances d’aurore
à la caresse apaisante.

 

Denise Doderisse