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Encore frissonnant….( Jules Supervielle )

Pour le jeudi-poésie des Croqueurs de mots.

 

 

Encore frissonnant

sous la peau des ténèbres, 

tous les matins je dois

recomposer un homme 

avec tout ce mélange

de mes jours précédents

et le peu qui me reste

de mes jours à venir. 

Me voici tout entier,

je vais vers la fenêtre.

Lumière de ce jour,

je viens du fond des temps,

respecte avec douceur

mes minutes obscures,

épargne encore un peu

ce que j’ai de nocturne,

d’étoile en dedans

et de prêt à mourir

sous le soleil montant 

qui ne sait que grandir.

 

Jules Supervielle ( 1884-1960 ) – La Fable du Monde  ( 1938 )

Mon rêve familier ( Verlaine )

Pour le jeudi-poésie des Croqueurs de mots

 

 

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,

Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

 

Car elle me comprend, et mon coeur transparent

Pour elle seule, hélas! cesse d’être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

 

Est-elle brune blonde ou rousse ? Je l’ignore.

Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore,

Comme ceux des aimés que la vie exila.

 

Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

 

Paul Verlaine – Poèmes Saturniens

Spleen ( Charles Baudelaire )

Pour les lundis-poésie des  » Croqueurs de mots. »

 

Spleen – les Fleurs du Mal –

 

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,

Et que de l’horizon embrassant tout le cercle

Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits;

 

Quand la terre est changée en un cachot humide,

Où l’espérance, comme une chauve-souris,

S’en va battant les murs de son aile timide

Et se cognant la tête à des plafonds pourris;

 

Quand la pluie étalant ses immenses traînées

D’une vaste prison imite les barreaux,

Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées

Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

 

Des cloches tout à coup sautent avec furie

Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,

Ainsi que des esprits errants et sans patrie

Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

 

-Et de longs corbillards,sans tambours ni musique,

Défilent lentement dans mon âme; l’Espoir,

Vaincu, pleure,et l’Angoisse atroce,despotique,

Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

 

Charles Baudelaire. 

 

Apparition.

Pour la communauté des  « Croqueurs de mots », le jeudi en poésie. 

 

Apparition

 

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs

Rêvant, l’archet aux doigts dans le calme des fleurs

Vaporeuses, tiraient de mouvantes violes

De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.

– C’était le jour béni de ton premier baiser.

Ma songerie aimant à me martyriser

S’enivrait savamment du parfum de tristesse

Que même sans regret et sans déboire laisse

La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli.

J’errais donc, l’oeil rivé sur le pavé vieilli

Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue

Et dans le soir, tu m’es en riant apparue

Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté

Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté

Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées

Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.

 

Stéphane Mallarmé ( 1842-1898 )

Silence.

Pour la communauté des  « Croqueurs de mots », le jeudi en poésie.

 

Silence

 

Il n’y a rien sous le ciel, ô silence,

Rien que silence et signe blanc 

Et flèche de l’ indifférence

Sous la rose des quatre vents.

 

Rien qu’une flèche sous la rose 

Aux pétales d’éternité,

Rien que le vent qui décompose

Les roses des éternités

 

Louise de Vilmorin ( Solitude, ô mon éléphant, 1972 )

Les trois mots pour AMOUR en Grec.

 

Les trois pour AMOUR en Grec

Les Grecs ont trois mots pour désigner l'amour : Éros,Philos et Agapé


Éros est l'attirance saine et nécessaire
qu'un être humain ressent pour un autre.

Philos est l'amour sous la forme de l'amitié.
C'est ce que je sens pour toi et pour les autres.
Quand la flamme d'Eros cesse de briller,
c'est Philos qui tient les couples ensemble.

Agapé est l'amour total ,
l'amour qui dévore celui qui l'éprouve.
Celui qui connaît Agapé voit que rien d'autre qu'aimer
n'a d'importance dans ce monde.
C'est cet amour que Jésus éprouva pour l'humanité,
et il fut si grand qu'il secoua les étoiles
et changea le cours de l'histoire humaine.


Chronique « Les autres formes d'amour : Philos et Agapé' » De Paulo Coelho