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Mon rêve familier ( Verlaine )

Pour le jeudi-poésie des Croqueurs de mots

 

 

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,

Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

 

Car elle me comprend, et mon coeur transparent

Pour elle seule, hélas! cesse d’être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

 

Est-elle brune blonde ou rousse ? Je l’ignore.

Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore,

Comme ceux des aimés que la vie exila.

 

Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

 

Paul Verlaine – Poèmes Saturniens

Apparition.

Pour la communauté des  « Croqueurs de mots », le jeudi en poésie. 

 

Apparition

 

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs

Rêvant, l’archet aux doigts dans le calme des fleurs

Vaporeuses, tiraient de mouvantes violes

De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.

– C’était le jour béni de ton premier baiser.

Ma songerie aimant à me martyriser

S’enivrait savamment du parfum de tristesse

Que même sans regret et sans déboire laisse

La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli.

J’errais donc, l’oeil rivé sur le pavé vieilli

Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue

Et dans le soir, tu m’es en riant apparue

Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté

Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté

Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées

Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.

 

Stéphane Mallarmé ( 1842-1898 )

Couleurs d’un monde rêvé.

Pour la communauté des « Croqueurs de mots » dont la barre 130 est tenue par Lenaïg qui propose l’évasion comme défi.

 

Couleurs d’un monde rêvé

 

Je rêve de m’évader dans un monde que les nuances de bleu envahiraient.

Sur ces tons de paix se joueraient les aurores boréales nuancées de vert, de mauve et les aurores orange vif. C’est alors que le soleil encore rosé se lèverait à l’horizon, teintant les nuages d’iridescences aux mille tons pastel.

Et le temps s’écoulerait sans façon en empruntant la lumière à l’écume des vagues sous le soleil d’un amour jaune étincelant. Le vert pâle, le vert tendre des feuillages se mêlerait à la danse du vert émeraude des vagues, vert porteur d’espoir.
Et le temps s’écoulerait sans façon tout en suivant du coin de son œil narquois bleu-marine le soleil déclinant prêt à offrir ses crépuscules orangés. Peu à peu, se dessineraient les longs traits bruns des arbres barrant l’horizon tandis qu’un cercle rouge profond s’engloutirait avec le soleil.

Et venu le noir de la nuit des grands espaces, je m’allongerais sur un hamac de toile bleu indigo et j’écouterais chanter la lueur argentée des étoiles.

 

Denise Doderisse